IDR · Indonésie

La roupie indonésienne

Des monnaies des royaumes de Nusantara aux portraits de la République : une histoire de métal, de papier et de souveraineté.

En ce moment

Avant la rupiah : un archipel de monnaies

La roupie indonésienne porte en elle une histoire bien plus ancienne que la République. Pendant des siècles, les îles de Nusantara participent à des échanges où se rencontrent marchands, royaumes, ports et traditions monétaires. Il n’existe alors ni monnaie nationale unique ni frontière monétaire correspondant à l’Indonésie actuelle. Les objets conservés dans les musées racontent plutôt un monde de circulations et de voisinages.

À Java, les petites monnaies d’or et d’argent dites ma ou krisnala témoignent des usages des royaumes médiévaux. Les gobog de cuivre, associés notamment à Majapahit, ont aussi une dimension rituelle. Leur présence dans une collection ne suffit donc pas à faire de chaque exemplaire une pièce ayant servi aux achats ordinaires. La frontière entre monnaie, amulette et objet de prestige peut être plus souple que dans nos classements modernes.

Les royaumes musulmans, parmi lesquels Aceh, Samudra Pasai, Banten et Palembang, émettent à leur tour des monnaies portant souvent des inscriptions arabes. À Sumenep, des espèces étrangères reçoivent une contremarque locale : une autorité peut ainsi reconnaître un métal déjà frappé ailleurs. Les pièces chinoises et l’argent venu d’autres horizons complètent cette diversité.

Bank Indonesia · Monnaies des royaumes de Nusantara · Bank Indonesia · BICARA 77, 2019

Le cuivre de la VOC et les routes de l’argent

La Compagnie néerlandaise des Indes orientales, la VOC, fondée en 1602, s’insère dans ces réseaux et impose progressivement son pouvoir commercial et territorial. Ses monnaies rappellent qu’une entreprise pouvait disposer de prérogatives aujourd’hui associées à l’État. Le petit duit de cuivre, marqué du monogramme de la compagnie ou d’armes provinciales selon la face, appartient à cet univers colonial.

Il faut regarder la pièce autant que la date. Le cuivre répond à des besoins de petites transactions ; l’argent sert à d’autres règlements et au commerce à plus grande distance. Un même port peut connaître plusieurs types d’espèces, dont l’acceptation dépend des habitudes, du poids, du métal et de la confiance. L’arrivée d’une pièce européenne ne fait pas disparaître d’un coup les pratiques antérieures.

Le duit présenté ici provient d’une collection muséale photographiée par un contributeur de Wikimedia. Son usure donne à voir un objet matériel, différent d’un dessin idéal de catalogue. À cette échelle, l’histoire monétaire est aussi celle de pièces transportées, comptées et conservées loin de leur atelier d’origine.

Duit de cuivre de la VOC, 1790, face aux armes provinciales. Cette petite pièce rappelle que la monnaie de tous les jours voyageait avec le commerce maritime.
Duit de cuivre de la VOC, 1790, face aux armes provinciales. Cette petite pièce rappelle que la monnaie de tous les jours voyageait avec le commerce maritime.Original: Unknown, photograph: Rachmat04 · CC BY-SA 4.0 · Dimensions adaptées, sans recadrage. Source et droits

Bank Indonesia · Histoire institutionnelle

1828 : le gulden entre dans l’âge bancaire

La création de De Javasche Bank à Batavia, le 24 janvier 1828, marque une nouvelle étape. La banque commence ses opérations le 8 avril. Elle reçoit un privilège d’émission et inscrit le billet dans les circuits commerciaux des Indes néerlandaises. Le gulden, ou florin, est le nom de l’unité coloniale ; il ne faut pas le rebaptiser rétrospectivement monnaie de la République.

Les premiers dirigeants viennent largement des grandes maisons de commerce. Ce recrutement éclaire les priorités de l’institution : financer les échanges et accompagner l’économie coloniale. Le papier-monnaie n’est pas seulement une commodité remplaçant des pièces lourdes ; il dépend d’une banque, de sa réputation, de ses règles et du pouvoir qui autorise sa circulation.

Le réseau d’agences se développe ensuite dans les villes de Java et au-delà. Pour un lecteur de billets anciens, le nom de l’émetteur constitue un fil conducteur particulièrement utile : De Javasche Bank, gouvernement des Indes néerlandaises et, plus tard, Bank Indonesia ne désignent pas la même autorité, même lorsque certains lieux et savoir-faire se transmettent.

Bank Indonesia · Histoire de la banque à Kediri · Bank Indonesia · Les premiers dirigeants de De Javasche Bank

1942–1945 : les mots changent sur le papier

L’occupation japonaise, à partir de 1942, bouleverse le système colonial. Les autorités occupantes mettent en circulation leur propre papier-monnaie. Les premières émissions conservent le néerlandais et les valeurs en gulden ; d’autres utilisent ensuite la terminologie indonésienne, dont roepiah. Ces changements de langue rendent visible la succession des pouvoirs.

Le billet de 10 gulden reproduit ci-dessous porte « De Japansche Regeering », le gouvernement japonais. Sa végétation imprimée et ses ornements ne doivent pas faire oublier sa fonction : donner à une nouvelle autorité les moyens d’effectuer des paiements. Ce n’est pas encore l’ORI de la République, même si ces espèces vont peser sur la situation monétaire après la guerre.

À la proclamation de l’indépendance, le 17 août 1945, l’existence d’un État revendiqué ne s’accompagne pas immédiatement d’un numéraire républicain disponible partout. Plusieurs monnaies héritées de la période précédente continuent de circuler. Cette transition explique pourquoi l’histoire de la rupiah ne se résume pas à une date unique inscrite sur un billet.

10 gulden de l’occupation japonaise, série 1942. L’inscription néerlandaise « De Japansche Regeering » annonce un nouvel émetteur tout en conservant l’ancienne unité.
10 gulden de l’occupation japonaise, série 1942. L’inscription néerlandaise « De Japansche Regeering » annonce un nouvel émetteur tout en conservant l’ancienne unité.Original: Unknown, scan: Tan · CC BY-SA 4.0 · Dimensions adaptées, sans recadrage. Source et droits

Bank Indonesia · Museum Collection · Bank Indonesia · Duel Uang Merah Vs Uang Putih

1946 : la République prend un visage monétaire

Le soir du 29 octobre 1946, Mohammad Hatta annonce à la radio de Yogyakarta l’entrée en vigueur de l’Oeang Repoeblik Indonesia, l’ORI, pour le lendemain. Le 30 octobre devient ainsi une date fondatrice de la souveraineté monétaire indonésienne. Le mot oeang correspond à l’ancienne orthographe de uang, « argent » ou « monnaie ».

Le billet de 1 rupiah conservé dans la National Numismatic Collection du Smithsonian porte pourtant le 17 octobre 1945. Il faut distinguer date imprimée et date de circulation : fabriquer une monnaie dans un pays en révolution demande du temps, du papier, des presses et des circuits de distribution. Le portrait de Soekarno, coiffé du peci, présente la République au public ; le volcan du revers inscrit le billet dans un paysage familier.

L’ORI est émis par le gouvernement républicain ; Bank Negara Indonesia participe à sa mise en circulation. La situation militaire et géographique empêche toutefois une diffusion uniforme. À partir de 1947, des émissions régionales, les ORIDA, apparaissent notamment à Sumatra et à Banten. La variété des signatures et des provenances en fait des témoins de l’organisation locale de la République.

Accepter une monnaie peut alors avoir une signification politique. Les espèces républicaines et celles de l’administration néerlandaise revenue dans l’archipel correspondent à des souverainetés concurrentes. Leurs frontières d’usage sont mouvantes : l’unité monétaire se construit dans la guerre, les négociations et la vie quotidienne.

Voir l’objet dans la source citée ci-dessous.

1 rupiah ORI, recto et verso : daté du 17 octobre 1945, mis en circulation en 1946. Le portrait de Soekarno et le volcan donnent une image à la République naissante.National Numismatic Collection, National Museum of American History, Smithsonian Institution; scan by Godot13 · Domaine public · Dimensions adaptées, sans recadrage. Source et droits

Ministère indonésien des Finances · Sejarah Oeang · Bank Indonesia · Duel Uang Merah Vs Uang Putih · Musée Benteng Vredeburg · Histoire de l’ORI, 1946–1949

1950–1953 : des ciseaux à la banque centrale

Après le transfert de souveraineté de décembre 1949, rapprocher les différents ensembles monétaires est une tâche urgente. En mars 1950, le ministre des Finances Sjafruddin Prawiranegara prend une mesure restée célèbre : certaines coupures de De Javasche Bank et des Indes néerlandaises supérieures à 2,50 florins doivent être coupées en deux.

La partie gauche conserve une capacité de paiement égale à la moitié de la valeur initiale ; la partie droite est destinée à être échangée contre des obligations publiques. Les « ciseaux de Sjafruddin » transforment ainsi une partie de l’argent immédiatement disponible en créance sur l’État. Ce geste spectaculaire ne doit pas être confondu avec une simple modification du taux de change extérieur.

La nationalisation de De Javasche Bank en 1951 prépare une autre transformation. Le 1er juillet 1953, Bank Indonesia devient la banque centrale de la République. Sjafruddin en est le premier gouverneur. L’indépendance politique de 1945, la première circulation de l’ORI en 1946 et la naissance institutionnelle de Bank Indonesia en 1953 sont trois jalons distincts.

Pour le numismate, cette transition se lit dans les noms et les signatures des émissions. Pour le pays, elle signifie que l’organisation de la monnaie peut désormais s’appuyer sur une institution nationale héritant d’un réseau bancaire, tout en changeant sa finalité politique.

Bank Indonesia · Archives et histoire de Cirebon · Bank Indonesia · Sjafruddin Prawiranegara · Bank Indonesia · Histoire institutionnelle

1959–1971 : changer les valeurs, réunir les territoires

Les difficultés de financement et la forte inflation conduisent à de nouvelles mesures. En août 1959, la valeur des billets de 500 et de 1 000 rupiah est ramenée respectivement à 50 et 100 rupiah. Cette réduction ciblée ne transforme pas automatiquement toutes les sommes du pays selon une même nouvelle unité.

La réforme du 13 décembre 1965 est différente : 1 nouvelle rupiah remplace 1 000 anciennes rupiah. Trois zéros sont supprimés. Mais changer l’échelle des comptes ne suffit pas à rétablir la confiance ou à résoudre les pénuries et les déséquilibres. La stabilisation relève d’un ensemble de décisions, au-delà des presses à billets.

L’unification territoriale suit elle aussi plusieurs étapes. Les îles Riau reçoivent une rupiah particulière en 1963 avant de rejoindre la rupiah commune le 1er juillet 1964. En Irian occidental, la monnaie spécifique introduite en 1963 demeure en place plus longtemps ; son remplacement par la monnaie nationale commence en 1971. Ces transitions monétaires ne constituent pas à elles seules un récit de l’histoire politique de ces territoires.

Sur le 5 rupiah illustré, la mention « Irian Barat » identifie une aire d’émission. Le billet porte 1960, antérieurement à son introduction régionale. C’est un second exemple de la nécessité de comparer les dates imprimées, les actes d’émission et l’usage réel des espèces.

Voir l’objet dans la source citée ci-dessous.

5 rupiah portant la mention Irian Barat et la date 1960. Le millésime du billet précède l’introduction de cette monnaie régionale en 1963.Bank Indonesia, scanned via banknote.ws · Domaine public · Dimensions adaptées, sans recadrage. Source et droits

Bank Indonesia · Instruments de politique monétaire · Bank Indonesia · Museum Collection

Fabriquer la confiance : graveurs, presses et métaux

La souveraineté monétaire repose aussi sur une industrie. Dessiner un portrait lisible, graver des lignes fines, préparer des encres, imprimer des numéros et contrôler les feuilles mobilise des métiers différents. La frappe des pièces impose d’autres contraintes : préparer des flans, réaliser des coins de frappe et obtenir des reliefs résistants à l’usure.

Les premiers billets de Bank Indonesia ne sortent pas tous du même établissement. Les collections de la banque mentionnent des collaborations avec Thomas De La Rue, Johan Enschedé et Pertjetakan Kebajoran. L’histoire nationale des billets comprend donc également des relations avec des imprimeurs étrangers et une montée en puissance des capacités locales.

PERURI est créé le 15 septembre 1971 par la fusion de PN Arta Yasa et de PN Pertjetakan Kebajoran. La réunion des compétences de frappe et d’impression donne une assise industrielle à la fabrication des espèces indonésiennes. Il faut distinguer cette production de la décision d’émettre : un atelier fabrique la monnaie commandée, tandis que l’autorité monétaire en organise l’émission.

Le règlement de 1999 consacré au billet de 100 000 rupiah documente aussi un essai de support plastique. Le contraste avec les fibres de coton indiquées pour le 1 000 rupiah de 2022 rappelle qu’une monnaie ne progresse pas selon une seule ligne matérielle. Les choix de support et de sécurité répondent à des contraintes techniques propres aux émissions.

PERURI · Company profile · PERURI · Historique officiel · Règlement Bank Indonesia 1/8/PBI/1999 · Billet de 100 000 rupiah

1997–1998 : la crise traverse les portefeuilles

Le 14 août 1997, dans le contexte de la crise financière asiatique, Bank Indonesia abandonne la bande d’intervention du taux de change et laisse flotter la rupiah. Le communiqué du FMI publié le jour même permet de dater précisément cette rupture. L’accueil initialement favorable de l’institution contraste avec l’ampleur de la crise qui suit : les documents contemporains doivent être lus dans leur moment, sans leur prêter la connaissance de l’avenir.

La dépréciation renchérit le poids en rupiah des dettes libellées en devises. Les difficultés des entreprises, des banques et de la confiance monétaire se renforcent mutuellement. Pour les ménages, le choc se traduit par des prix plus élevés et une incertitude accrue sur l’épargne et les revenus. Le mémorandum gouvernemental de janvier 1998 témoigne des difficultés à rétablir la situation malgré les premières mesures.

La sortie de crise s’accompagne de restructurations bancaires et de changements institutionnels. La loi de 1999 accorde l’indépendance à Bank Indonesia. Le cadre formel de ciblage de l’inflation est adopté le 1er juillet 2005 : il serait inexact de confondre ces deux dates.

Cette histoire explique une partie de l’échelle des valeurs familières des billets, sans réduire l’Indonésie à ses crises. Une forte valeur faciale est une donnée de comptabilité et d’histoire monétaire ; elle ne décrit pas, à elle seule, la richesse d’une société ou les capacités de ses habitants.

FMI · Communiqué du 14 août 1997 · Gouvernement indonésien / FMI · Mémorandum du 15 janvier 1998 · FMI · Recovery from the Asian Crisis · Bank Indonesia · Monetary policy framework

Le petit métal aussi raconte le pays

Les pièces donnent une autre échelle au récit. Leur circulation laisse des traces visibles sur les reliefs, les champs et les tranches. Le matériau, la couleur et le diamètre permettent de distinguer des valeurs au toucher et au premier regard ; ils font partie de l’usage de la monnaie autant que son dessin.

Le type bimétallique de 1 000 rupiah créé en 1993 est particulièrement reconnaissable. Son centre et son anneau de couleurs différentes encadrent un palmier à huile sur une face ; le Garuda apparaît sur l’autre. La photographie réunit des exemplaires dont l’un est daté de 1996 : la date de création d’un type et le millésime d’une pièce particulière sont deux informations différentes.

Ce type a été retiré de la circulation à compter du 1er décembre 2023, par le règlement Bank Indonesia 14/2023. Son image appartient désormais ici au récit historique, sans suggérer qu’il s’agit d’une pièce encore utilisable dans les paiements. Une photographie reste identique alors que le statut monétaire de l’objet peut changer.

Le motif agricole peut être lu comme un choix de représentation de l’activité du pays. Le Garuda, emblème de l’État, installe au contraire une continuité d’autorité entre des émissions très différentes. Ensemble, ces deux faces montrent comment un petit objet relie production, pouvoir public et reconnaissance quotidienne.

Pièces bimétalliques de 1 000 rupiah, type créé en 1993 ; l’exemplaire à droite porte le millésime 1996. Palmier à huile et Garuda occupent les deux faces. Type retiré de la circulation le 1er décembre 2023.
Pièces bimétalliques de 1 000 rupiah, type créé en 1993 ; l’exemplaire à droite porte le millésime 1996. Palmier à huile et Garuda occupent les deux faces. Type retiré de la circulation le 1er décembre 2023.Dennis Kwaria · CC BY-SA 3.0 · Dimensions adaptées, sans recadrage. Source et droits

Bank Indonesia · Retrait des pièces, règlement 14/2023

2020 : 75 000 rupiah pour une mémoire partagée

Le 17 août 2020, le gouvernement et Bank Indonesia lancent une coupure de 75 000 rupiah pour le 75e anniversaire de l’indépendance. Ce nombre inhabituel répond à une logique commémorative : il ne constitue pas un nouveau degré ordinaire entre les billets de 50 000 et de 100 000.

L’émission reçoit le cours légal. La distinction est utile : un billet commémoratif peut être de la véritable monnaie, même si son intérêt historique encourage sa conservation. L’institution précise lors du lancement que l’objectif est de célébrer l’anniversaire, et non d’apporter un financement monétaire à l’activité économique.

Le revers réunit des enfants en vêtements traditionnels, des éléments cartographiques et des motifs de connexion. L’image propose une lecture de la diversité comme communauté : plusieurs appartenances culturelles peuvent partager le même support de paiement. Ce choix prolonge, par d’autres personnages et d’autres couleurs, la fonction de représentation nationale déjà présente sur l’ORI.

Une collection gagne ainsi à réunir les espèces modestes du quotidien et les émissions exceptionnelles. Les premières racontent les gestes répétés ; les secondes éclairent les dates qu’une société choisit de célébrer publiquement.

Voir l’objet dans la source citée ci-dessous.

75 000 rupiah de 2020, verso : enfants en tenues traditionnelles et motifs de connexion accompagnent le 75e anniversaire de l’indépendance.Bank Indonesia (design); Tian x-way (scan) · Domaine public · Dimensions adaptées, sans recadrage. Source et droits

Bank Indonesia · Émission commémorative de 2020

2022 : un portrait de l’Indonésie en sept coupures

La série 2022 comporte sept valeurs, de 1 000 à 100 000 rupiah. Sa date officielle d’émission est le 17 août 2022 ; la cérémonie de lancement a lieu le 18 août. La série conserve les personnalités de 2016, avec des couleurs, une résistance et des dispositifs de sécurité renouvelés. Elle n’entraîne pas par elle-même l’invalidation des séries précédentes.

Le billet de 1 000 rupiah permet d’observer le programme à hauteur d’objet. Au recto, Tjut Meutia représente la mémoire d’Aceh et de la résistance à la domination coloniale. Au verso, la danse Tifa rencontre le paysage de Banda Neira et l’orchidée de Larat. Les deux faces ne montrent donc pas simplement un portrait et un décor : elles mettent en relation plusieurs lieux et plusieurs formes de patrimoine.

Le peci de Soekarno sur l’ORI et les vêtements de la danseuse contemporaine appartiennent à des moments très différents de ce langage visuel. Le premier billet affirme l’existence de la République ; le second fait circuler un ensemble de références culturelles dans un espace monétaire unifié. Cette lecture des images ne remplace pas leur contexte historique : elle aide à voir les choix de leurs concepteurs.

La série a pour thème la réunion de la diversité. Son efficacité tient aussi à des décisions très concrètes : distinguer les coupures, rendre les signes de sécurité identifiables et préserver une bonne tenue du billet. Sur le 1 000 rupiah de 2022, Bank Indonesia indique un support en fibres de coton et des dimensions de 121 × 65 mm.

Les sept coupures de la série 2022
Valeur en rupiahPersonnalité au rectoDanse et paysage au verso
1 000Tjut MeutiaTifa · Banda Neira
2 000Mohammad Hoesni ThamrinPiring · Ngarai Sianok
5 000Idham ChalidGambyong · Bromo
10 000Frans KaisiepoPakarena · Wakatobi
20 000G.S.S.J. RatulangiGong · Derawan
50 000Djuanda KartawidjajaLegong · Komodo
100 000Soekarno & Mohammad HattaTopeng Betawi · Raja Ampat

Voir l’objet dans la source citée ci-dessous.

1 000 rupiah, série 2022, recto officiel marqué « SPESIMEN ». Tjut Meutia, héroïne d’Aceh, figure aux côtés du Garuda et de la carte de l’archipel.Bank Indonesia · Domaine public · Dimensions adaptées, sans recadrage. Source et droits

Voir l’objet dans la source citée ci-dessous.

1 000 rupiah, série 2022, verso officiel marqué « SPESIMEN » : danse Tifa, Banda Neira et orchidée de Larat.Bank Indonesia · Domaine public · Dimensions adaptées, sans recadrage. Source et droits

Bank Indonesia · Lancement de la série 2022 · Bank Indonesia · Fiche officielle du 1 000 rupiah 2022 · International Association of Currency Affairs · Indonesia 2022 series

Lire un billet comme une archive

Une bonne lecture numismatique commence par quelques questions simples : qui émet, quelle valeur est annoncée, quelle date figure sur l’objet, où celui-ci est-il destiné à circuler ? Les portraits, les signatures et les mentions territoriales apportent ensuite des indices. Les notes « Irian Barat » ou « SPESIMEN » ont une fonction précise : la première qualifie une émission régionale ; la seconde identifie une reproduction officielle de présentation dans les sources citées.

Les exemplaires montrés dans ce dossier ne forment pas un catalogue complet. Ils ont été choisis pour matérialiser des ruptures : changement d’autorité en 1942, affirmation républicaine en 1946, émission régionale, industrialisation des espèces, commémoration et patrimoine culturel. Le passage du cuivre au papier, puis au billet sécurisé, n’est pas un remplacement intégral : pièces et billets coexistent et répondent à des usages différents.

De l’archipel des royaumes à la rupiah nationale, l’histoire est donc celle d’une construction patiente. La monnaie relie les îles par une unité de compte, mais aussi par des noms, des images et une mémoire partagée. Ce sont ces liens que révèle un billet lorsqu’on prend le temps de le regarder.

Sources et crédits

Références institutionnelles et collections consultées le 15 octobre 2026. Les renvois au fil du récit permettent de retrouver les vérifications par chapitre.

  1. Bank Indonesia · Monnaies des royaumes de Nusantara
  2. Bank Indonesia · Museum Collection
  3. Bank Indonesia · Histoire institutionnelle
  4. Bank Indonesia · Les premiers dirigeants de De Javasche Bank
  5. Bank Indonesia · Histoire de la banque à Kediri
  6. Ministère indonésien des Finances · Sejarah Oeang
  7. Bank Indonesia · Duel Uang Merah Vs Uang Putih
  8. Musée Benteng Vredeburg · Histoire de l’ORI, 1946–1949
  9. Bank Indonesia · Archives et histoire de Cirebon
  10. Bank Indonesia · Sjafruddin Prawiranegara
  11. Bank Indonesia · Instruments de politique monétaire
  12. PERURI · Company profile
  13. PERURI · Historique officiel
  14. FMI · Communiqué du 14 août 1997
  15. Gouvernement indonésien / FMI · Mémorandum du 15 janvier 1998
  16. FMI · Recovery from the Asian Crisis
  17. Bank Indonesia · Monetary policy framework
  18. Règlement Bank Indonesia 1/8/PBI/1999 · Billet de 100 000 rupiah
  19. Bank Indonesia · Retrait des pièces, règlement 14/2023
  20. Bank Indonesia · Émission commémorative de 2020
  21. Bank Indonesia · Lancement de la série 2022
  22. Bank Indonesia · Fiche officielle du 1 000 rupiah 2022
  23. International Association of Currency Affairs · Indonesia 2022 series
  24. Bank Indonesia · BICARA 77, 2019

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